Connaissez-vous vraiment les éoliennes ?

The Art Archive/Alamy
The Art Archive/Alamy

Dès 2010, Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de l'Ecologiste, faisait part de ses doutes sur l'éolien : "Les énergies renouvelables ? Là, oui, il y a tout un secteur industriel pour le meilleur et, parfois, pour le pire. Abordons en effet l'éolien. Il fait d'évidence partie de la solution au niveau de la planète. Au niveau français, 4 600 MW représentant 1.5% de la production d’électricité sont déjà installés. Pourra-t-on faire beaucoup plus ? Économiquement ce n'est pas évident. Et humainement ? Il se trouve que les territoires ruraux de la France sont peuplés, et ne ressemblent en rien aux déserts du Texas, l'Etat le plus venté des Etats Unis qui s'équipe à grande allure d'aérogénérateurs. Posons franchement la question. Peut-on bousiller la vie de familles entières en leur plantant des mâts de 150 m de haut à 500 mètres de leur cuisine ? Non, bien sûr. Les techniques écologiques sont faites pour protéger l'environnement, pas pour le détruire. S'il faut renoncer à quelques MW éoliens pour cela, il n'y a pas à hésiter.

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Le syndrome éolien expliqué par le docteur Augry de Guerville

Les éoliennes signent la mort de la campagne

« Le développement anarchique de l’éolien industriel pose cruellement la question du devenir de nos campagnes en général, et de l’agriculture extensive en particulier. »

 

Entretien avec Yves Verilhac, ancien directeur du Parc national des Monts d'Ardèche, aujourd'hui directeur de la LPO

 

D’où vient ce terme ’’éolien industriel’’, utilisé pour désigner ce qui est communément dénommé ’’ferme éolienne’’ ?

’’Ferme éolienne’’ est un anglicisme de « wind farmer », mais c’est surtout un véritable oxymore car ces projets n’ont rien de rural. Au contraire et c’est bien ce que je leur reproche, ils signent la mort de la campagne ! Cinq éoliennes aux pieds du massif du Mézenc, c’est Beaubourg au milieu des champs ! Sur les grands plateaux bocagers agricoles du Massif Central, on vient poser des mats de 120 m de haut qui occasionnent mouvement, bruit et pollution lumineuse. Finis les ciels étoilés ! C’est un viol du territoire. Certains n’ont pas d’autre argument que « oui, mais c’est beau ». La plupart de ces donneurs de leçons ne les ont pas sous les yeux. Qu’est-ce qui leur permet de dire ça ! Je leur impose mon goût du beau, moi ? J’ai vu des gens pleurer, parce qu’on avait détruit leur environnement immédiat. L’éolien industriel ne respecte même pas l’histoire des lieux. En Ardèche, l’industrie est dans les fonds de vallée, les villages sont à mi-pente, et les pâturages au sommet. Là, où l’agriculture recule, ils érigent ces éoliennes industrielles comme les croix d’un vaste cimetière rural !

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Eoliennes : "La peste ne justifie pas le choléra"

AFP. Boris Horvat
AFP. Boris Horvat

Vous dites que les éoliennes sont un "viol du territoire". Mais pas plus que les lignes à haute tension. Ne servez-vous pas sur un plateau des arguments aux conservateurs industriels qui accusent les écolos de vouloir s'éclairer à la bougie ?

Yves Vérilhac : il y a plusieurs notions dans votre question. D'abord, la comparaison entre l'éolien et la place des lignes haute tension n'est pas pertinente, car la multiplication d'éoliennes nécessite la multiplication des lignes très haute tension. C'est un peu le fond de la question : on présente l'éolien comme une alternative au nucléaire, alors que cette forme d'éolien est le cousin du nucléaire.

Ensuite, sur la question du viol du territoire, il y a un principe en écologie : celui qui modifie l'environnement de ses concitoyens doit démontrer que c'est important, qu'on n'a pas le choix, et jamais l'inverse. Là, on part d'un principe selon lequel c'est utile et que c'est beau, sans l'avoir démontré. Et l'histoire de la bougie ne marche pas ici, parce que, là encore, l'éolien industriel ressemble au nucléaire dans ce qu'il a de confiance dans la technique plutôt que dans les changements de comportement.

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